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Un légendaire dessinateur de Disney reprend du service PDF Imprimer Envoyer

Un légendaire dessinateur de Disney reprend du service


Andreas Deja était de passage à Paris mi-janvier pour l'avant-première du nouveau film des studios Disney La Princesse et la Grenouille.

«La Princesse et la Grenouille», c'est lui : Andreas Deja. Il avait été écarté des studios avec l'arrivée des nouvelles technologies et des films faits sur ordinateur. Mais le travail à l'ancienne redevient à la mode. Il a donc ressorti sa gomme et ses crayons.

 

Derrière les barrières du cinéma Le Grand Rex, à Paris, où Disney projette en avant-première La Princesse et la Grenouille, les photographes mitraillent Andreas Deja quand il émerge de sa limousine pour fouler le tapis rouge. Star venue tout droit de Los Angeles, le légendaire dessinateur de Disney pose au côté de Liane Foly, qui fait joujou avec une grenouille en peluche. Fait rarissime aujourd'hui, le film a été fait à l'ancienne, dessiné à la main. Applaudi à l'issue de la projection, Andreas est ému. «C'est une résurrection. » Le mot n'est pas trop fort car, à 53 ans, il revient de loin.

Il a été l'artisan du nouvel âge d'or de Disney, entre 1980 et 1994. La Petite Sirène, c'est lui. Aladin, aussi. Le Roi Lion, Hercule et Lilo & Stich également. «Andreas Deja a été mis au placard en 2002 quand le controversé PDG de Disney, Michael Eisner, s'est focalisé sur la 3D », se souvient Didier Ghez, auteur de nombreux livres sur l'empire du dessin animé. Au siège du groupe, à Burbank, au nord de Los Angeles, les tables à dessin fabriquées sous le règne du père fondateur partent à la casse. Le neveu de Walt Disney démissionne et monte une campagne virulente contre Michael Eisner : «Sauvez Disney». «J'étais au sommet de mon art, ma carrière a été brisée net», soupire Andreas. Il refuse de se reconvertir et de toucher à l'image de synthèse sur ordinateur. Pour s'occuper, il travaille sur des films «annexes» comme Bambi 2, donne aussi des master classes aux animateurs venus du jeu vidéo. Dans sa villa, sur les hauteurs de Hollywood, aux murs ornés de dessins originaux de Blanche-Neige, Cendrillon, Peter Pan et autres classiques , Andreas a aussi beaucoup dessiné. «On n'atteint jamais la perfection.»

Animaux du zoo

Cette passion pour le dessin et pour Disney, il l'a depuis son enfance. Né le 1er avril 1957 à Gdansk, en Pologne, Andrzej Deja n'a qu'un an quand ses parents passent à l'Ouest. «Mon père était plombier chez une secrétaire du régime. Au lieu de le payer, elle a apposé sur nos passeports un visa de sortie.» Arrivés en Allemagne de l'Ouest, ses parents repartent de zéro. Andrzej devient Andreas. La famille vit quelque temps dans un Ausslager, un camp de réfugiés, avant de s'installer au nord de Düsseldorf. À la maison, on parle allemand mais la cuisine reste polonaise. «À Noël, ma mère préparait du bigoss, un ragoût de bœuf accompagné de choux rouge. C'est ma madeleine de Proust», sourit Andreas. Il a 10 ans quand il va au cinéma pour la première fois. À l'affiche : Le Livre de la Jungle. «Mowgli, Bagheera et Baloo ont changé ma vie du jour au lendemain.» Dès lors, Andreas s'entraîne à reproduire les personnages de Picsou Magazine. À 12 ans, aidé par son institutrice, il envoie une première lettre à Dis¬ney. «Ils m'ont ren¬voyé un petit mot informel me conseillant de faire des études de dessin et de les recontacter plus tard.»

Quelques années plus tard, il s'achète un projecteur Super 8 et fait défiler au ralenti de petits films de Mickey et de Donald. Il passe aussi ses journées au zoo pour y dessiner les animaux. À 20 ans, il envoie une nouvelle lettre à Burbank. Cette fois, l'un des neuf dessinateurs de Walt Disney, Eric Larson, qui a travaillé sur Blanche-Neige, Cendrillon ou Peter Pan, l'invite en Amérique. «Mes parents étaient très inquiets. Personne n'avait jamais pris l'avion et Los Angeles, c'était très loin. Quand je suis entré pour la première fois dans les studios en 1979, j'étais tellement ému que j'étais pétrifié.» Andreas ne quittera plus Hollywood ni Disney.

«Tourbillon de la vie parisienne»

Embauché à la fin de son stage, il fait ses débuts avec Tim Burton. «On a travaillé sur Taram et le chaudron magique en 1985. Il vivait déjà dans son univers.» Si Tim Burton quitte vite le groupe, Andreas enchaîne les films. Dans Qui veut la peau de Roger Rabbit (1988), il dessine aussi bien le lapin fou amoureux de la belle Jessica que Betty Boop. La scène finale où tous les personnages jaillissent d'un trou pour se regrouper autour de l'acteur Bob Hoskins, c'est lui. Disney lui confie ensuite l'animation du roi Triton dans La Petite Sirène, le bellâtre Gaston de La Belle et la Bête (1991), le sournois Jafar d'Aladin (1992) et enfin le machiavélique Scar dans Le Roi Lion (1994). Pour distinguer ce félin de son légendaire cousin Shere Khan du Livre de la Jungle, «je me suis inspiré des yeux rétrécis de mon père qui se mettait dans des colères dantesques quand ma sœur rentrait de boîte de nuit.»

Préparé dans les studios de Disney à Montreuil-sous-Bois, le court-métrage Runaway Brain, qui envoie Mickey chez Frankenstein, est l'occasion pour Andreas de vivre un an à Paris dans un luxueux appartement de l'île Saint-Louis. «On y organisait des fêtes mémorables, notamment des shows parodiques de Disney», se souvient en riant Pierre Landy, ancien de Disney, devenu depuis directeur juridique Europe de Yahoo!. «La Californie est un bon endroit pour travailler mais le tourbillon de la vie parisienne me manque beaucoup», confie Andreas lors d'un dîner avec ses amis français dans un loft de Belleville. Paradoxalement, Andreas doit son retour à John Lasseter, le charismatique patron de Pixar (Nemo, Les Indestructibles, Là-haut) dont le génie a pourtant failli tuer l'animation traditionnelle. «Quand Disney a racheté Pixar et lui a demandé de diriger les deux studios, sa première décision a été de lancer la production d'un film dessiné à la main», note Didier Ghez.

De retour à Burbank pour dessiner Mama Odie, la sorcière édentée de La Princesse et la Grenouille, Andreas a la surprise de retrouver sa vieille table à dessin. Elle était cachée avec toutes les autres dans un hangar. L'employé chargé de s'en débarrasser n'avait pu s'y résoudre car son père était proche de Walt Disney. Après une tournée de promotion qui l'a emmené de Londres à Paris, Rome, Berlin et Stockholm, il est de retour à Los Angeles. John Lasseter lui a confié l'animation du bondissant Tigrou, star de Winnie l'ourson, qui sortira au cinéma en 2011.

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Mise à jour le Dimanche, 11 Avril 2010 12:03
 

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